Lettre de Roger Lumbala au peuple africain peu après sa condamnation

Mes frères et sœurs,
Peuple congolais, peuple africain,
Amis de la justice et de la vérité,

Je me tiens devant vous aujourd’hui non pas comme un homme brisé, mais comme un homme debout. L’épreuve que je traverse n’est pas la fin de mon combat ; elle en est une étape. Car l’histoire nous a appris que les chaînes ne font jamais taire la vérité.

La Bible nous rappelle :

« Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres » (Jean 8:32).

Même derrière les murs de l’injustice, la vérité demeure plus forte que les verdicts humains.

Je refuse la haine, mais je refuse aussi le silence.
Ce que nous vivons n’est pas seulement le sort d’un homme, c’est le reflet d’un système plus large : le néocolonialisme, qui change de visage mais conserve ses méthodes — criminaliser, humilier, faire taire ceux qui refusent de se soumettre.

Patrice Lumumba nous avertissait déjà :

« L’Afrique écrira sa propre histoire, et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. »

Cette dignité, on peut l’emprisonner momentanément, mais on ne peut jamais l’effacer.

Frantz Fanon disait avec lucidité :

« Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. »

Ma mission, aujourd’hui comme hier, est de rester fidèle à mon peuple, à sa souveraineté et à son droit de décider librement de son avenir.

À ceux qui pensent que cette condamnation m’a fait renoncer, je réponds par les Écritures :

« Le juste tombe sept fois, et il se relève » (Proverbes 24:16).

Je me relève non par orgueil, mais par amour du Congo, par fidélité à l’Afrique, par respect pour les générations qui viendront après nous.

Thomas Sankara nous a appris que le patriotisme n’est pas un slogan, mais un sacrifice :

« La patrie ou la mort, nous vaincrons. »

Le patriotisme, c’est défendre son peuple même quand le prix est lourd à payer. C’est refuser que notre continent soit éternellement traité comme un champ d’exploitation et non comme une terre de nations souveraines.

Aimé Césaire écrivait :

« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche. »

Aujourd’hui, je parle pour ceux qu’on n’entend jamais, pour ceux qu’on juge sans les écouter, pour ceux que l’histoire officielle préfère oublier.

Je n’appelle ni à la violence ni à la vengeance.
Je crois, comme le prophète Amos, que :

« Que la justice coule comme un fleuve, et la droiture comme un torrent intarissable » (Amos 5:24).

Notre lutte est une lutte de conscience, de mémoire et de dignité.

Peuple congolais,
Peuple africain,

Ne doutez jamais : les épreuves passent, la vérité demeure.
Les prisons se ferment, mais les idées justes traversent les murs.
Et l’histoire, tôt ou tard, réhabilite ceux qui ont choisi le camp de leur peuple.

Que Dieu bénisse chacun de nos soutiens.
Que Dieu fortifie notre courage.
Que Dieu bénisse le Congo et l’Afrique.

La lutte continue.
La dignité ne s’emprisonne pas.

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