Plus de soixante ans après l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, héros de l’indépendance congolaise et figure panafricaine majeure du XXe siècle, la justice belge pourrait enfin ouvrir un procès pour faire la lumière sur les responsabilités individuelles dans ce crime d’État. Le parquet fédéral a requis, mardi, le renvoi devant un tribunal correctionnel d’Étienne Davignon, ancien diplomate aujourd’hui âgé de 92 ans, pour son rôle présumé dans la détention et le transfert illégal du premier chef de gouvernement du Congo indépendant.
Cette avancée judiciaire s’inscrit dans une procédure ouverte en 2011 à l’initiative de François Lumumba, fils aîné de l’ancien Premier ministre congolais. La plainte, déposée pour crimes de guerre, actes de torture et traitements inhumains, visait une dizaine d’agents de l’État belge – militaires, diplomates et membres des services de renseignement – accusés d’avoir pris part à un vaste complot visant à éliminer Lumumba. Étienne Davignon est aujourd’hui le seul encore en vie parmi les personnes citées.
Un crime politique au cœur de la décolonisation
Patrice Emery Lumumba fut l’un des artisans les plus déterminés de l’indépendance du Congo, proclamée le 30 juin 1960. Porteur d’un discours de dignité, de souveraineté et d’unité africaine, il s’était élevé contre l’ingérence étrangère et les survivances du colonialisme. Son assassinat, le 17 janvier 1961, dans la province du Katanga alors en sécession, reste l’un des épisodes les plus sombres de la décolonisation africaine, symbolisant la brutalité des rapports de domination postcoloniaux.
Le parquet fédéral ne retient pas l’infraction d’« intention de tuer », mais demande le renvoi de M. Davignon pour « détention et transfert illicites » de Lumumba, ainsi que pour des « traitements humiliants et dégradants » subis par ce dernier après son arrestation. En 1961, Davignon, alors jeune fonctionnaire de 27 ans, était en poste au Congo au sein du ministère belge des Affaires étrangères.
Vers un procès symbolique
La chambre du conseil de Bruxelles se prononcera en janvier 2026 sur l’opportunité de renvoyer M. Davignon devant une juridiction correctionnelle. Un tel procès marquerait une reconnaissance tardive mais essentielle des responsabilités individuelles dans un crime dont les ramifications diplomatiques et historiques ont longtemps échappé à la justice.
La Belgique avait déjà reconnu, en 2001, sa responsabilité « morale » dans la disparition de Lumumba, à l’issue des travaux d’une commission parlementaire. Toutefois, aucune poursuite pénale n’a jusqu’ici été engagée.
Interrogé par la presse, l’entourage de M. Davignon n’a pas commenté les réquisitions du parquet. Celui-ci, devenu par la suite une figure influente de la diplomatie européenne et du monde des affaires, a toujours nié toute implication directe dans l’élimination du leader congolais.
Un héritage vivant
Au-delà des enjeux judiciaires, cette affaire ravive la mémoire d’un homme dont l’engagement continue d’inspirer les luttes pour la souveraineté, la justice et la dignité des peuples africains. Le message de Patrice Lumumba, porté par une foi inébranlable dans la libération du Congo et de l’Afrique, reste plus que jamais d’actualité.
« La lutte continue, et le lumumbisme vivra à travers les générations », écrit Cicéron Owamba, rendant hommage à celui qui, par sa vision et son sacrifice, incarne la quête d’un avenir africain libre et souverain.
Cicéron OWAMBA





